Trois questions à Ciné-ma différence Saint-Omer

Claire Brochard, fondatrice de Culture et Loisirs pour tous en Audomarois, présente l’association qui organise les séances Ciné-ma différence à Saint-Omer dans les Hauts-de-France.

Comment a débuté Ciné-ma différence à Saint-Omer ?

En dialoguant avec une personne de Normandie, j’ai eu écho de Ciné-ma différence, et ça m’a tout de suite parlé et intéressée par rapport au handicap de mon enfant. J’ai un enfant autiste, qui à l’époque avait 12 ans, avec qui nous allions beaucoup au cinéma, et qui aimait y aller, mais avec un comportement pas toujours ordinaire. La question pour nous était de savoir comment continuer ces activités familiales en grandissant. Comment pouvoir continuer à aller au cinéma sans stress et en se sentant bien, à la fois pour nous et notre fils, mais aussi pour les autres enfants, quel que soit leur handicap? Je voulais donc monter Ciné-ma différence pour pouvoir permettre aux enfants, aux personnes extraordinaires de bénéficier d’activités très ordinaires, comme aller au cinéma !

Je me suis renseignée sur le site Internet de Ciné-ma différence et j’ai pris contact avec le siège. Comme nous venions d’arriver à Saint-Omer, ville de taille moyenne d’environ 15 000 habitants, je ne connaissais pas bien les structures locales, je n’avais pas de cadre associatif. J’ai donc pris contact en premier lieu avec le Maire, puis avec la conseillère handicap. Tout de suite, la mairie a décidé d’accompagner le projet et de le soutenir financièrement. Mais malgré tout, nous avions besoin d’une structure tampon. Nous avons donc créé l’association Culture et Loisirs pour tous en Audomarois, car nous sommes à Saint-Omer, dans la région de l’Audomarois ! L’association s’est constituée en activant mon réseau de connaissances. Nous sommes actuellement environ 15 bénévoles et une dizaine sur les séances. Après, il y a eu la rencontre avec le cinéma O’Cine, des discussions, un accord. Et un an après, nous avons démarré avec notre première séance début janvier 2020 !

Nous avons fait deux séances jusqu’à présent. Pour la première, une vingtaine de bénéficiaires (familles avec une personne en situation de handicap) étaient présentes. Pour la deuxième, il y avait près de 80 personnes, dont environ 40 personnes concernées. Nous sommes très contents, nous avons de très bons retours des spectateurs, et des familles qui sont revenues suite à la première séance !

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Pour l’instant, nous commençons tout juste les séances Ciné-ma différence, mais nous avons deux envies pour la suite !

Il y a un très beau projet qui existe à Loon-Plage, à côté de Dunkerque, porté par une habitante de Saint-Omer, Maria Montalto : le défilé «Tout le monde il est beau». C’est un défilé de mode, mais pas seulement, il y a aussi de la magie, des spectacles… C’est un peu comme une scène ouverte pour les personnes en situation de handicap.

Elle avait souhaité le monter sur Saint-Omer, mais elle n’avait pas trouvé de lieu, ni l’impulsion à l’époque. C’est un événement génial, magique ! Il y a de nombreux bénévoles qui aident, des personnes en fauteuil, des personnes autistes, avec un handicap mental, des personnes de tous horizons. Il y a des vêtements prêtés par des marques, un animateur, une sono… C’est une vraie mise en valeur, en inclusion, du handicap.

Tout le monde est beau et chacun prend plaisir à être sous la lumière. Il faut voir les sourires ! Il y a une ambiance d’enfer, c’est trop beau ! Certains préparent le défilé sur un thème particulier pendant des semaines et en parlent après pendant des mois. J’aimerai vraiment trouver un moyen de soutenir et porter cette action sur la ville de Saint-Omer.

Et dans l’idée, aussi, il y a le développement d’autres séances dans les Hauts-de-France. La direction du cinéma de Saint-Omer possède deux autres cinémas à Dunkerque et à Maubeuge. De mon côté, je connais un président d’un établissement à Dunkerque, donc pourquoi pas y développer Ciné-ma différence par la suite !

Un souvenir particulier de séance ?

Il s’agit d’une petite fille qui a une tumeur au cerveau et qui perd progressivement la vue. Elle a environ une dizaine d’années. Elle avait cessé d’aller au cinéma en famille et avec ses camarades d’école, car en plus de perdre la vue, d’autres difficultés s’ajoutent comme une gêne au bruit.
Avec Ciné-ma différence, sa mère a eu écho qu’il y aurait de l’audiodescription. Elles sont donc venues lors de la première séance pour essayer. L’audiodescription a été assez compliquée à suivre, au vu de son jeune âge. Je l’ai vu retirer le casque pendant la séance, car il y avait trop d’informations, mais elle a pu malgré tout suivre et apprécier le film jusqu’à la fin. Et lors de la deuxième séance, elles sont revenues, avec le papa cette fois-ci ! Elle s’est passée de l’audiodescription, mais elle a pu apprécier la séance, grâce au son moins fort. Peut-être qu’au fil des années, elle se familiarisera avec l’audiodescription !
C’est une famille qui retrouve les joies d’aller au cinéma, et ça, c’est super !

Des films à recommander ?

Récemment, j’ai vu Donne-moi des ailes , un très beau film sur la nature, l’écologie, la relation parent-enfant, le lien entre l’homme à l’animal. Des paysages et des musiques magnifiques. Et un message fort avec l’idée que si on croit en ses rêves, ils aboutissent.

Dans le même genre, il y a aussi Mia et le lion blanc , Etienne, mon fils, avait beaucoup aimé.

Hors Normes , c’est un chouette film ! J’ai eu beaucoup de mal à aller le voir, je me suis fait violence. C’est difficile pour moi en tant que parent. J’ai aussi beaucoup de mal à lire des choses sur l’autisme. On vit tellement dedans, et les personnes sont tellement différentes… On ne connaît que son enfant ! Le film est extrêmement bien fait, l’ambiance, les acteurs, la musique… Bien sûr, il a des moments où j’ai eu la larme à l’œil, mais je le recommande.

Il y a aussi La reine des neiges 2 que j’ai adoré et ai été voir deux fois au cinéma. J’ai aimé la profondeur et la dimension philosophique du film. Dans le premier film, Elsa découvrait ses pouvoirs. C’était la découverte, le constat de sa différence et elle essaie de la gérer, mais elle ne s’aime pas. Dans celui-ci, Elsa part à la quête de son identité, sa raison d’être, ses racines et son histoire. Elle essaie de comprendre sa différence, elle est dans l’acceptation de celle-ci, et elle finit par s’aimer. Cela fait écho à notre parcours en tant que parent face au handicap de son enfant : première phase de déni, colère… avant d’arriver à l’acceptation de la différence. Et cette histoire du peuple trahi, enfermé, «confiné» comme nous aujourd’hui ! Le film est aussi hyper féministe, je trouve. Il y a beaucoup de touches humoristiques, avec Olaf notamment, beaucoup d’auto-dérision.

Et pour les parents, je recommande vivement La Belle Epoque de Nicolas Bedos ou encore Mon chien Stupide d’Yvan Attal, vraiment excellent !