Trois questions à Ciné-ma différence Bron

Aujourd’hui, nous vous proposons de partir à la découverte de Ciné-ma différence Bron, avec Jacqueline Anthouard, cofondatrice des séances dans la ville.

Quelle est l’histoire de Ciné-ma différence à Bron ?

Les séances sont portées par l’ADAPEI 69, mais au départ, l’idée vient d’une initiative personnelle. J’avais découvert Ciné-ma différence sur Internet et j’ai immédiatement eu l’envie de le développer sur ma ville, Bron. Tout de suite, j’ai sollicité Marie-Laure [Chappuis], que je connaissais depuis longtemps pour porter le projet avec moi. Elle avait une « légitimité » en tant que parent, que je n’avais pas, car elle s’occupait d’Océane et Sébastien, tous les deux en situation de handicap. Mon histoire familiale fait que j’ai une sensibilité toute particulière sur la santé et le bien-être des enfants, et sur ce que vivent les parents dans ces situations, mais je ne me sentais pas légitime sur le handicap pour porter ce projet seule. A l’époque, aucune de nous deux ne faisait partie de l’ADAPEI.

Nous avons sollicité le cinéma Les Alizés en premier qui a, tout de suite, dit oui au projet. Seulement, à la demande de l’association Ciné-ma différence, nous avions besoin d’une association « support » pour porter juridiquement le projet et pouvoir être ressource auprès de nous sur les séances, la communication auprès du public, etc.

Nous avons donc commencé à taper aux portes de plusieurs associations. Marie-Laure a été voir l’APF, moi l’association Une souris verte, qui travaille à l’intégration des enfants handicapés en crèche et à l’accompagnement des familles. Et puis nous avons contacté l’ADAPEI 69, via le comité d’animation, qui a tout de suite dit oui pour porter le projet avec nous, le financer et aider sur la communication.

J’ai ensuite constitué une équipe de bénévoles, en sollicitant mon réseau d’amis. Comme j’étais assistante sociale, j’ai « recruté » pas mal de personnes déjà portées sur l’accompagnement et l’aide aux autres, des infirmières, des assistants sociales, des enseignants etc. Finalement, seule Marie-Laure était parent concerné.
C’est ainsi qu’a eu lieu la première séance le 12 avril 2014 avec une équipe de six-sept bénévoles !

Et puis l’an dernier, j’en ai parlé à une amie pour essayer de la recruter en tant que bénévole. Et très vite, elle m’a rappelée pour me dire qu’elle en avait discuté autour d’elle et qu’avec cinq de ses amis, ils étaient d’accord pour s’engager comme bénévoles sur les séances. Ce sont des personnes qui sont déjà impliquées dans le milieu associatif. Grâce à ses six bénévoles en plus, nous avons pu passer d’une séance tous les deux mois à une séance par mois.
Tous les bénévoles trouvent avec facilité le bon contact et une communication chaleureuse adaptée aux personnes accueillies. Les gens révèlent leur qualité d’empathie naturelle très spontanément.

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Les projets pour la suite…

Sur nos séances, nous accueillons beaucoup d’adultes avec une déficience intellectuelle, qui viennent généralement en groupe, accompagnés de professionnels. En soit, je pense qu’ils pourraient très bien aller aussi à d’autres séances de cinéma. Avec eux, je me sens très à l’aise, dans le partage et j’aime ce rapport que nous avons, c’est facile. Ils nous reconnaissent et ils sont contents de venir.
Quand nous accueillons des personnes avec des troubles du comportement, c’est parfois plus difficile, ça interroge. On se demande toujours ce que la personne en retire quand elle manifeste de la souffrance par des râles ou des cris. Mais c’est aussi très réconfortant de sentir la salle s’apaiser dès que le film commence et d’entendre des manifestations de joie partagées par l’ensemble du public. Les applaudissements à la fin de la séance qui sont fréquents sont un vrai régal.

Il y avait un jeune adulte qui est venu plusieurs fois DSC_0097_rog -  voir en grand cette image DSC_0095_rog -  voir en grand cette imageavec son auxiliaire de vie. Il avait toujours des manifestations physiques très marquées et il n’arrivait pas à rester jusqu’à la fin, il voulait toujours partir. Et un jour, son auxiliaire de vie a eu l’idée de s’installer de l’autre côté de la sortie pour voir si ça changeait quelque chose. Et ça a marché ! Pour la première fois, il a réussi à rester jusqu’à la fin ! Comme il n’avait plus la sortie derrière lui, il n’était plus focalisé sur le fait de partir. Elle a eu un bon instinct.
Quand il y a un moment difficile pour un spectateur, nous sortons dans le hall. Nous avons des crayons et du papier pour dessiner, mais c’est tout et ça ne marche pas toujours. Nous proposons un verre à boire, un goûter. Souvent, nous sommes là pour parler avec le parent, le soutenir mais nous nous sentons un peu démunis, nous ne savons pas que faire de plus.

Alors quand Pauline de Ciné-ma différence à Poitiers, nous a présenté sa mallette avec des jeux sensoriels et outils de communication visuelle lors de la journée annuelle du réseau, ça a été pour moi la bonne idée à retenir de la journée !
Nous allons voir prochainement pour nous réunir, comme chaque année, avec les bénévoles et le cinéma pour leur faire le retour de cette journée et échanger sur nos pratiques. Nous allons leur présenter cette mallette et réfléchir à en confectionner une pour nos séances.
Avec ces nouveaux outils, nous aurons de nouveaux moyens d’entrer en communication avec les spectateurs non-verbaux et d’accompagner les moments difficiles.

Un souvenir particulier de séance ?

C’est difficile de n’en choisir qu’un !

Le premier qui me vient, c’était en septembre dernier, lors de la séance de rentrée. Romain, un jeune garçon non-verbal, qui vient depuis longtemps, et son père arrivent. Le papa dit bonjour et là, à ma grande surprise, Romain vient m’embrasser et poser sa tête sur son épaule. Cela a été un grand moment d’émotion pour moi !

Il y a sans nul doute aussi le jeune Charly qui vient avec sa famille depuis le début et qui chaque année fête son anniversaire à l’occasion de la séance Ciné-ma différence de septembre. C’est devenu un rituel maintenant. A chaque fois, la famille apporte un gâteau à partager avec tous les spectateurs et les bénévoles. C’est un vrai moment de fête et de partage !

Et sinon, ce qui me touche particulièrement et à chaque séance, ce sont les retours des parents quand ils me disent « Ça m’a fait du bien ! » ou « Qu’est que c’était beau ! ». On ressent une vraie joie, un vrai plaisir d’aller au cinéma et à le partager en famille. Ou encore quand je les vois se retrouver entre parents dans le hall pour discuter à la fin du film. Il y a du lien qui se crée.

Un film à recommander ?

Difficile question pour moi, j’avoue que je ne vois jamais les films en fait ! Malgré les années, je n’arrive toujours pas à regarder les films, je suis toujours à m’occuper d’une famille, à m’assurer que ça se passe bien pour tout le monde.

Cependant, je me rappelle d’un film que vous nous aviez proposé il y a quelques années en avant-première pour le réseau. Un film magnifique, apaisant. Un coup de cœur ! C’était Les Oiseaux de Passage .

En plus récent, nous avons proposé aussi Dilili à Paris , je l’ai trouvé très beau. Pas toujours facile à comprendre pour notre public, il y a plusieurs niveaux de compréhension, mais pourtant la salle était étonnamment calme ce jour-là.

Et dans les films qui ont bien plu lors de nos dernières séances Ciné-ma différence, il y a La Reine des neiges 2, ça a été un vrai succès, les enfants avaient tous des pépites dans leurs yeux, Le Roi Lion aussi a eu un beau succès auprès du public ou encore Dumbo, il a bien marché. Et pour les parents, il y a le film Raoul Taburin, ils ont beaucoup aimé.